Budget 2026 : l’inclusion numérique sacrifiée ?

4 Déc 2025 | Blog | 0 commentaires

Alors que le gouvernement prévoit de réduire de 66% les crédits dédiés à l’inclusion numérique, Emmaüs Connect, Emmaüs France, ATD Quart-Monde, France Terre d’Asile, la Fédération des Centres Sociaux et le Secours Catholique tirent la sonnette d’alarme. La coalition appelle à un sursaut politique et propose des solutions concrètes pour éviter la disparition des conseillers numériques.

 

 Une photo du PLF 2026 accompagnée du texte: "moins 66% pour l'inclusion numérique, une diminution drastique des financements de l'inclusion numérique est prévue, menaçant le dispositif des conseillers numérique"

Un recul budgétaire sans précédent, en contradiction avec la réalité du terrain

La décision de réduire drastiquement les crédits de l’inclusion numérique intervient alors même que l’exclusion numérique demeure massive en France. Les chiffres le confirment : près de 16 millions de personnes sont considérées comme éloignées des outils et des usages.

Cette fragilité se renforce au fil de la numérisation accélérée des démarches administratives, de l’accès aux services publics et de la généralisation des outils d’intelligence artificielle. Pour beaucoup de personnes, chaque étape de la vie quotidienne dépend désormais d’une maîtrise minimale du numérique. Cette maîtrise n’est pourtant ni acquise ni garantie pour tous, en particulier les plus précaires,

Dans ce contexte, la réduction des crédits apparaît en total décalage avec les besoins. Elle menace directement les dispositifs qui ont montré leur utilité et leur efficacité, en particulier celui des conseillers numériques.

Une menace sociale et démocratique : que se passerait-il si les 4 000 conseillers numériques disparaissaient ?

Depuis 2021, les conseillers numériques ont accompagné plus de quatre millions de personnes dans l’acquisition des compétences numériques de base aujourd’hui indispensable notamment dans l’accès aux droits. Les conseillers numériques jouent un rôle de service public essentiel en accompagnant tous ces citoyens et citoyennes vers l’inclusion numérique, sociale, professionnelle, culturelle, démocratique et citoyenne. Ils permettent d’appréhender le numérique sous ses différents aspects : par l’apprentissage des savoirs de base, par le développement d’une culture numérique éclairée, et par une éducation aux médias et à l’information, favorisant la capacité de chacune et chacun à repérer, comprendre et partager une information fiable et contextualisée. Ils assurent par ailleurs un soutien à toutes et à tous, et en particulier aux plus fragiles et aux moins diplômés, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les zones rurales et péri-urbaines, contribuant ainsi à la continuité de l’État sur l’ensemble du territoire. 

Avec la baisse annoncée des crédits, la plupart de ces postes ne pourront plus être financés. De nombreuses structures associatives et collectivités seraient contraintes de cesser leurs actions d’accompagnement, laissant les plus fragiles face à des services publics toujours plus dématérialisés et à une société ou exclusion numérique rime avec exclusion sociale.

Ce retrait interviendrait au moment même où les outils d’IA générative s’imposent dans tous les secteurs de la vie quotidienne et où les réseaux sociaux transforment notre démocratie, appelant au contraire à un renforcement de l’accompagnement humain et à une politique ambitieuse d’accompagnement à la citoyenneté numérique.

La coalition propose une autre voie : préserver l’accompagnement humain et investir durablement

Face à cette situation, les organisations réunies dans la coalition (Emmaüs Connect, Emmaüs France, Fédération des centres sociaux, ATD Quart Monde, France terre d’asile, Petits Frères des Pauvres) appellent à un changement de cap.

Elles rappellent d’abord une évidence : aucune politique de dématérialisation ne peut tenir sans alternative humaine. Il est indispensable que les personnes puissent accéder à un accompagnement humain dans leurs interactions avec les services publics. Les conseillers numériques, les aidants sociaux et les agents de proximité doivent également pouvoir contacter directement les administrations lorsqu’une situation se bloque, sans quoi l’accompagnement devient illusoire.

La coalition insiste également sur la nécessité de financer durablement l’inclusion numérique. Selon les estimations produites pour le débat budgétaire, il faudrait 119 millions d’euros pour maintenir les 4 000 postes de conseillers numériques en garantissant leur formation et une rémunération à la hauteur de leur mission. Bien loin des 14 millions prévus dans le projet de loi de finances pour 2026.

Pour sécuriser l’avenir, les organisations proposent aussi de responsabiliser les acteurs publics et privés qui dématérialisent leurs services. La création d’un dispositif “numériseur-payeur” visant à imposer les acteurs qui dématérialisent des services permettrait d’assurer un financement stable, cohérent avec les transformations en cours.

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